ACCES aux soins et PRECARITE
Les difficultés vécues par les personnes en état de précarité sont nombreuses
et souvent même insurmontables. Pourtant il existe des normes
constitutionnelles internationales et des dispositions législatives nationales
qui ouvrent des droits inaliénables à ces personnes particulièrement
vulnérables.
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Citons pour mémoire : - le “premier pacte international relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels” (1966); la Convention
européenne des Droits de l’homme; la charte européenne (article 13); le
préambule de la Constitution française de 1945 (alinéa 113); le code de santé
publique (article 110); le code pénal (article 225-1); la loi de juillet 1998
relative à la lutte contre les exclusions (article 67); la loi de juillet
1999 portant création d’une couverture maladie universelle (article 1)… |
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Sans oublier les divers codes de déontologie encadrant les professions
sanitaires, qui rappellent à chaque soignant le devoir de soigner avec
conscience toute personne malade, quelque soient ses origines et sa
situation.
Or malgré le poids juridique et moral de ces règlements internationaux et
nationaux, des milliers de personnes en France, se trouvent rejetées du système
de santé.
Cet article est trop court pour parler de ce que j’oserai ici nommer le “rejet légal”.… , rejet que l’on peut
expliquer ainsi: la loi est incontestablement bénéfique aux plus pauvres, mais
le dispositions qui l’encadrent rendent impossible son application ! ! !
L’exemple le plus significatif est peut être, celui des “personnes sans
domicile fixe” qui, pour nombre d’entre elles sont en droit de bénéficier de la
C.M.U (Couverture Maladie Universelle) mais dans les faits s’en voient privées,
faute, par exemple, de disposer d’une adresse, de pouvoir présenter leurs
papiers d’identité malencontreusement perdus dans l’errance. etc. etc.
Et ce n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, des façons détournées de
rendre la loi impuissante.
Mais il est aussi de nombreux cas où l’empêchement de recouvrir aux soins
résulte de pressions autres que ce “rejet
légal”.
Ces pressions, dont l’exercice reste souvent subtil, sont l’expression d’un
état d’esprit de plus en plus manifeste de rejet des plus pauvres, dans notre
société française d’aujourd’hui.
Force est, hélas, de constater que
le mouvement, né après la deuxième guerre mondiale qui appelait au partage des
richesses et tissait un filet social couvrant le maximum de risques ( santé,
maternité, vieillesse ), se heurte, depuis les années 80, à un courant de plus
en plus violent de rejet: “Le pauvre est perçu comme un coupable, coupable de sa
misère, coupable d’être étranger, d’être sans papiers, d’être une femme seule
avec enfants, un travailleur sans qualification ….”
En fait, l’analyse de multiples situations aboutissant à un non-accès aux
soins trace trois voies qui parfois se conjuguent:
Le soin refusé
Personne ne pourrait penser qu’en France, il est des praticiens qui
refusent des soins. Pourtant depuis plusieurs années en secteur libéral il en
existe… particulièrement des spécialistes qui ne souhaitent pas s’encombrer de
personnes n’ayant pour régler leurs honoraires que la prestation offerte par
la CMU
(Couverture Maladie Universelle) ou l’A.M.E. (Aide Médicale aux
Etrangers).
Le refus prend évidemment une forme
détournée: pas de place, pas de temps ! Mais il est bien réel, comme a pu le
mettre en évidence le CISS (Collectif de Médecins Généralistes d’Aide et de
Soutien) en se livrant à des ” testings” téléphoniques révélateurs .
En réaction, d’ailleurs, à ce genre d’attitude qui dégrade le serment
d’Hippocrate, d’autres médecins libéraux ont crée des réseaux d’accueil des
plus pauvres comme le COMEGAS, mais ils restent encore peu nombreux.
Ce refus de soin, toujours subtil, n’est qu’un exemple parmi d’autres qu’il
faudrait pouvoir décliner. Il ne s’appellerait peut-être pas “refus” mais
“barrière infranchissable”, tels les dépassements d’honoraires, les franchises
médicales etc.… Ce qui conduit au même résultat: évincer les plus démunis.
Le soin empêché
Ce phénomène existe surtout en milieu hospitalier ou dans le secteur
médico-social.
Il ne naît pas d’une détermination de faire mal , mais simplement d’un accueil
défectueux.
Parce qu’elles ne posent pas les bonnes questions , ne donnent pas les bonnes
réponses, les bons papiers, les bons mots en bon français etc. etc. , les
personnes les plus vulnérables sont
renvoyées à un autre bureau, un autre service, à un autre jour ….et elles ne
reviennent pas!
L’hôpital Avicenne de Bobigny qui reçoit les misères du monde est rempli de
ces personnes françaises ou étrangères, un jour rejetées des soins. Elles y
arrivent d’ailleurs souvent, dans un état limite : cancer métastasé,
tuberculose avancée…
Ce phénomène a entraîné, depuis plusieurs années, nombre de réactions et
suscité la mise en place de dispositifs de facilitation comme la création dans
les hôpitaux de “passerelles d’accès aux soins pour les plus vulnérables”(
PASS).
Mais chaque avancée, chaque
incitation à mieux prendre en charge les plus démunis telle celle de la
commission européenne de 2003 sont, semble-t-il, suivis d’un recul ou du moins
d’un immobilisme patent. On met alors en cause le manque de moyens humains et
matériels.
Cela est vrai . Mais j’ai aussi été témoin de rejets dus à l'indifférence,
voire au mépris.
En janvier 2010, un nouveau rapport (Rapport du Dr Vincent Girard sur la
santé des sans-abri) concernant ce grave problème a été remis au ministre de la
Santé. Il y est proposé de nouvelles
clés pour offrir le meilleur accueil et les meilleurs soins possibles aux plus
pauvres.
La clé la plus originale est, sans nul doute, l’embauche de “ travailleurs
pairs”, c’est à dire des personnes ayant vécu un jour, elles aussi, une
situation de grande précarité.
Le rapport semble bien accueilli
mais peut-il suffire à transformer un état d’esprit de rejet de la faiblesse
qui dépasse largement le monde
hospitalier?
Le soin
abandonné
Comme les lignes précédentes le soulignent, les obstacles financiers,
psychologiques, culturels rencontrés par les personnes précaires pour accéder
aux soins sont si difficiles à franchir que trop souvent, elles font le
deuil des soins.
Elles se refusent à laisser parler leur corps, quitte même à en mourir. Et
il ne s’agit pas seulement des personnes sans abri. Ce sont des populations
entières qui se retirent des soins comme l’explique le Dr Touitou, responsable d’une des rares “unités
mobiles de soins ” en France qui fait le tour des quartiers HLM du nord de la
Seine-St Denis. Unité qu’il faudrait multiplier dans l’hexagone pour
réconcilier les plus vulnérables avec la santé et faciliter le lien avec les
hôpitaux et autres organismes institutionnels ou associatifs susceptibles
d’offrir une bienfaisante prise en charge thérapeutique.
Soin voulu, mais refusé, empêché, abandonné !
En 1995 déjà, le Dr Jacques Lebas créateur de la première PASS n’affirmait-il pas : “ Il est moins
important de constater l’existence d’un droit aux soins que la façon dont on le
bafoue chaque jour, sans y attacher d’importance.”
Chantal Deschamps